Ce sité a été créé en vue de faire une simulation du Conseil de l'Union Européenne pour le cours de politiques publiques internationales du semestre 4 de la licence "Science politique - Droit" de l'université Jean Moulin Lyon 3.
Le canard enchainé aux 12 étoiles
Les désillusions de la France-Allemagne
On la croyait déjà votée. Et voilà que le débat de ce mercredi 14 Mars se clôture en nous laissant sur notre fin. Début de séance enjoué : après de brèves discussions, la première proposition de l’Allemagne et de la France, qui rafraichissons-nous la mémoire, avait pour grande ambition de réduire la circulation d’actifs risqués via la transparence et le contrôle des agences de notation, a été votée en grande majorité.
Autre son de cloche, du côté de la seconde proposition. Le débat se mêle et s’emmêle pour aboutir à une incompréhension des Etats se voyant dans l’obligation d’ajourner la séance. Merci à qui? Au Danemark, principal acteur de cette délibération. Les esprits étaient clairs et limpides jusqu’à son intervention. En bon défenseur de la cause européenne, il touche du doigt un sujet sensible et impensé par tous : les Etats vont-ils encore se sentir concernés par la crise financière si sa gestion est soumise à l’Union Européenne? Le climat change ! Le Danemark rassure alors ses inquiétudes en proposant de restructurer les banques qui n’auraient pas respecté les taxes et mesures mises en place. La réponse est simple : «Renflouer les banques n’est pas responsabiliser les Etats »!
Stop : moment figé : la discussion tourne en rond. On s’aperçoit que finalement les deux Etats, apparaissant comme rivaux, se rejoignent en de nombreux points, et que, seule la question de la sanction des banques et de l’utilisation concrète de la taxe pose problème. Problème, qui aurait dû être voté, comme l’avait annoncé la France et l’Allemagne, après l’acceptation de la seconde proposition. A la France de clarifier la situation : « Le Danemark est en train d’imposer la destination des fonds récupérés de cette taxe. » Le semi-combat que se sont donc livré les pays initiateurs et le Danemark a quand même le mérite d’avoir semé la zizanie dans les esprits. Même au sein de notre duo franco-allemand pourtant si soudé.
Silence radio du côté des autres Etats, qui, face à l’imposante prestation du Danemark n’ont pas eu droit au temps de parole espéré. Inégalité ? Certainement. On regrette en effet de ne pas avoir pu plus entendre certains pays aux idées tantôt rayonnantes, tantôt étourdies. L’Autriche et l’Italie se seraient fait un plaisir d’entendre une réponse argumentée, à leur crainte concernant le « re dons » de l’argent, récolté par la taxe, aux banques. Simple retour du binôme protagoniste : Le but de la proposition n’est pas de récompenser les banques, mais de prévoir une éventuelle crise financière sans faire appel aux Etats. Zéro chiffre? On ne sera donc jamais les véritables coûts et bénéfices de cette proposition non comprise!
Relevons également l’intervention remarquée de la Grèce, qui n’a pu de la même façon, recevoir de réponse à ses interrogations. La Grèce, dont la situation économique ne devrait être rappelée, doute, craint, hésite, et se méfie de l’impact des propositions de la France et de l’Allemagne sur le marché mondial. Le pays grince des dents à l’idée d’un «déclassement » ou « d’une augmentation de la marge différentielle par rapport aux autres marchés financiers ». A-t-elle peur de descendre plus bas que bas? Après avoir mis en place maints et maints plans d’austérité, l’abrupte Grèce craindrait-elle une taxation des banques qui ferait sombrer le marché financier européen? Manque de temps … ou d’intérêt, aucune réponse n’a pu être donnée aux questions grecques. Questions qui ont finalement dû se répondre à elles-mêmes, puisque la Grèce s’est rangée du côté de la «France -Allemagne » en votant pour la première proposition.
Le débat n’a finalement pas trouvé de conclusion, et l’ajournement de la séance semblait inévitable. Le temps éclaircira-t-il les esprits? De nouvelles discussions permettront-elles aux propositions franco-allemandes d’être considérées à leur juste valeur?
Mathilde Gallon