Ce sité a été créé en vue de faire une simulation du Conseil de l'Union Européenne pour le cours de politiques publiques internationales du semestre 4 de la licence "Science politique - Droit" de l'université Jean Moulin Lyon 3.
Critique du journal Marianne
Union européenne : une solidarité ambigüe
Redistribution, solidarité, coopération, unité… autant de mots qui ont marqué cette première réunion du Conseil de l’Union européenne axée sur les politiques publiques sanitaires. Une lueur d’espoir pour la Grèce, qu’on a entendue plusieurs fois insister sur ‘’le sens de la solidarité’’. Mais cet espoir s’est rapidement estompé. Le mot coopération a résonné plutôt froidement dans les oreilles de nos pays mercredi : alors que la majorité d’entre eux traversent une situation économique difficile, nos Etats se préoccupent d’abord de leur propre ‘’santé’’ avant de penser à celle des autres. Sans étonnement, les deux amendements proposés par la Belgique et le Danemark ont été rejetés. La solidarité ? Lorsqu’elle est imposée, ils n’en veulent pas, mais lorsqu’elle reste un choix, ça ne les enchante pas non plus. Alors, comment trouver un juste milieu ?
De prime abord, on ne peut pas dire que beaucoup de pays aient fait preuve d’entrain pour trouver une solution. Contestataires, la majorité d’entre eux et notamment les pays constructeurs de l’Union se sont montrés méfiants face à tout projet qui selon eux les amènerait à déstabiliser leur système ou à creuser encore plus leur dette. L’Allemagne ou encore le Royaume-Uni y voient un ‘’double impôt’’, à la fois national et européen, et donc considèrent cette participation financière comme un poids lourd à porter. Le Danemark reste très sceptique également, en appuyant sur la perte de la souveraineté, et l’importance et la nécessité pour chaque pays de se concentrer sur ses propres besoins.
Solidarité et responsabilité
La solidarité européenne serait-elle considérée comme un fardeau pour les pays ‘’fondateurs’’ de l’union ? En période de crise, oui. Et la conférence nous l’a donc bien démontré. Mais se pose dès lors la question de savoir si les pays ont bien intégré la notion de solidarité. Il faut rappeler que l’Europe a toujours été partisane d’un mécanisme de solidarité : dès ses origines, elle a promis un soutien entre les nations, un lien qui permettrait à chaque pays d’avoir la garantie d’être aidé lorsqu’il est en difficulté, une sorte de ‘’garantie d’assistance’’ lorsque le pays en question en a besoin. Cette obligation de solidarité rappelle bien sûr les mouvements européistes tels que ‘’s’unir ou mourir’’ de Gaston Riou, et permet de prendre conscience que si un des pays en situation de danger n’est pas aidé, c’est toute l’union qui périra. Dès lors, les pays européens ont une responsabilité, et doivent faire preuve d’indulgence, de charité auprès de leurs voisins qui sont dans le besoin. Néanmoins, les pays occidentaux restent lucides : depuis la création de l’Union européenne, ils ont conscience que c’est sur eux que repose la tâche d’aider les pays intégrant progressivement l’union, et donc que c’est sur eux que repose la responsabilité de porter secours aux pays qui en ont besoin. Un lien de charité s’établit donc entre ces deux catégories de pays, mais il ne comporte aucune exigence de réciprocité ! Comment peut-on donc entendre un pays comme l’Italie, dont le système de santé n’est pas à plaindre, se demander ce que ce budget va lui apporter ? Lors de la réunion, la contribution de tous, imposée ou non, aurait été nécessaire, sans rien attendre en retour, pour soutenir chaque pays en difficulté en matière de santé.
Un système de redistribution remis en cause en temps de crise
Cependant, si les réactions de méfiance ont été vives mercredi, cela montre finalement que chaque pays, malheureusement, se trouve dans le besoin. Le système européen de redistribution, qui vise à prélever sous forme de taxes ou de cotisations des richesses auprès des pays les plus aisés pour les redistribuer aux pays les plus pauvres, montre finalement ses limites : quel pays européen aujourd’hui ne se trouve pas dans le besoin ? La crise financière de 2008 a affecté en effet chaque pays, avec un degré plu ou moins grand, et l’on comprend mieux la réaction de l’Irlande, qui devra assumer une dette de près de 250 milliards d’euros en 2014, et de l’Allemagne, avec une dette avoisinant les 81 pourcents du PIB, qui se demandent comment consacrer une taxe pour des problèmes sanitaires, si peu importantes par rapport à leur besoin de sortir de cette faillite ! Les pays ont donc voulu nous dire que le terme de ‘’pays aisé’’ n’a finalement plus de sens au sein de l’Europe, et que chaque pays juge lui-même si une question comme la santé est à placer dans les priorités de son pays ou non. En somme, chacun pour soi !
Vers une autre forme de solidarité
Finalement, une autre forme de solidarité a été abordée lors de la réunion : celle du don de savoirs, de matériaux. C’est notamment cette solidarité qu’a voulu nous faire partager l’Autriche : pourquoi la solidarité devrait-elle forcément impliquer la notion d’argent ? Cette autre conception est surtout basée sur l’échange de savoirs, entre des pays qui ont des choses, des expériences à apporter en matière sanitaire, un exemple à donner, des connaissances à transmettre. Mais encore une fois, cette coopération comporte des limites et l’idée peut être mal interprétée : les pays ne doivent pas tomber dans l’excès du et imposer leur modèle de santé. Chaque pays possède son propre système et on ne pourra jamais instaurer un système homogène pour toute l’union européenne. L’idée des Pays-Bas de réformer chaque système de santé en apportant les acquis des autres est donc à regarder avec méfiance pour ne pas tomber dans l’uniformité des systèmes.
L’idée qui ressort de cette première conférence est donc, comme nous l’a exprimé la République tchèque avec son volontariat, et le Danemark avec son amendement, que la solidarité en matière de santé ne serait pas obligatoire… Héla, à la base pourtant, si : même si le mot fait peur, même si ce n’est pas la préoccupation principale de nos pays, en intégrant l’Union les pays ont signé un devoir envers les autres, celui de s’entraider et le bien être de chaque pays en matière de santé est un enjeu pour tous. Il ne nous restera plus qu’à voir lors du prochain débat sur la proposition d’une prévention commune si le principe de solidarité retrouvera toute sa force auprès des l’Union. Mais finalement, les pays coopèrent déjà entre eux, à leur manière. C’est ce qu’a essayé de nous démontrer la Roumanie : en matière de santé, les pays coopèrent tous entre eux, que ce soit par migration de médecins, dons de médicaments… En ce qui concerne les professionnels de santé par exemple, un grand nombre d’entre eux formés dans des pays pauvres de l’Union migrent vers les pays riches de l’Occident, au détriment de leur pays d’origine, accentuant ainsi la pénurie de médecins en Roumanie par exemple. En outre, de nombreux étudiants français ayant échoué au concours de médecine dans leur pays natal partent étudier en Belgique, Espagne et même maintenant en Roumanie, là où leur réussite en médecine est plus probable. Grâce à la reconnaissance des diplômes entre pays de l’Union européenne, la Roumanie donne ainsi la chance aux étudiants français d’obtenir un diplôme de docteur en médecine. Un bon exemple qui montre que les pays peuvent, à leur manière, être solidaires.
Elise