Ce sité a été créé en vue de faire une simulation du Conseil de l'Union Européenne pour le cours de politiques publiques internationales du semestre 4 de la licence "Science politique - Droit" de l'université Jean Moulin Lyon 3.
Le canard enchainé aux 12 étoiles
L'abus de solidarité est dangereux pour la santé : à consommer avec modération !
Solidarité européenne! Dès l’ouverture du premier conseil de l’Union Européenne, le ton est donné par l’Autriche et la République Tchèque, avec, rappelons-le, leur proposition de «budget santé aide et prévoyance ».
Cette solidarité sanitaire ne semble pourtant pas avoir contaminé l’ensemble des pays, puisqu’aucun accord n’a pu être trouvé entre nos chers Etats. Ceux-ci, pour un très grand nombre, se sont demandés qui allait payer cette taxe alimentant le budget mort-né « santé aide et prévoyance». Surprenant ?! Au tour de la République Tchèque et de l’Autriche de répondre, pleines de convictions : le volontariat! Le mot en a fait blêmir plus d’un.
Les deux pays initiateurs proposent, en effet, un volontariat de l’Etat, mais aussi des citoyens, notamment par la mise en place d’une journée consacrée aux dons volontaires de ceux-ci.
On imagine aisément le secret enthousiasme qui gagne nos concitoyens italiens, grecs, ou espagnols à la simple idée de faire un don à l’Union Européenne ; grande mère protectrice.
L’initiative ne rencontre pas un véritable succès, et très vite les questions fusent : la France se demande légitimement comment concilier taxe et volontariat. Quant à l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni, et l’Irlande tellement impliqués dans la construction européenne, ils refusent cette taxe. Raison invoquée : celle-ci serait inutile pour leur pays déjà au top dans l’organisation de leur système de santé … Solidarité!
D’autres comme le Danemark ou la Grèce, ancrés presque malgré eux dans la réalité, rappellent la période de crise économique dans laquelle se trouve l’Union Européenne, et se demandent comment dépenser ce budget, s’il venait à voir le jour.
Plus tard, le débat s’est porté sur le système de santé de chaque pays, avec les Pays-Bas, qui, dans une Europe fraternelle, imaginent un système de santé identique dans tous les pays européens, identique… au sien.
« La solidarité ne repose pas sur l’obligation. »
Passons outre la proposition d’amendement de la Belgique, proposant la création d’un organe de contrôle de ce budget, largement refusée par la commission, pour en revenir à la croustillante proposition du Danemark, secondé par le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Brillante idée : le « budget santé aide et prévoyance » verrait le jour simplement grâce au financement volontaire des pays, aucune taxe ne serait imposée. Brillante? Oui. Mais pas nouvelle. Rappelons à cet égard les mots de la République Tchèque prononcés au début de la séance « Ce projet est fondé sur le volontariat ».
Nous nous étonnons alors des réponses amicalement adressées au Danemark : « ce type d’individualisme a mis de côté les problèmes de la Grèce […] vous avez un rapport à l’Europe qui est celui des années 15. » Plus surprenant encore, le retour de la République Tchèque : « vous refusez de participer de manière solidaire à ce que l’on propose ». Tous avaient-ils déjà oublié les discussions initiales? Ou associaient-ils finalement volontariat et taxe?
Au Danemark de trancher la question en rappelant que « La solidarité ne repose pas sur l’obligation ».
Conception différente pour nombre de pays, puisque cet amendement n’a pas été accepté. La solidarité est elle vouée à être enchainée aux taxes? Que devient « le regain de confiance dans les institutions » imploré par l’Autriche et la République Tchèque, si la simple évocation du volontariat fait peur, et fait douter de l’implication de chacun?
Heureux les citoyens redoutant une nouvelle taxation … quant aux autres … la santé attendra.
Pas de panique, le débat sur la deuxième proposition de nos deux pays concernant la campagne d’information sanitaire arrivera d’ici quelques semaines. En attendant, l’union Européenne ne semblant pas s’ériger en protecteur sanitaire : Chacun pour soi et un bon système de défense immunitaire pour tous!
Mathilde Gallon